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Impression totalement subjective d’un séjour de deux jours et demi à Prague (deuxième partie)

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Prague, Josefov, ghetto, art nouveau, mucha, kunderaPrague, c’est aussi le Josefov, du nom de l’empereur Joseph II. Ce quartier correspond à l’ancien Ghetto, fermé au XIX° siècle, entre insalubrité et émancipation des juifs au sein de l’empire d’Autriche-Hongrie. Il reste de l’ancien Ghetto le tracé des rues, la démolition/reconstruction a été globalement effectuée dans les limites de l’ancien cadastre, le vieux cimetière juif et quelques synagogues, préservés des outrages du temps et de la folie des hommes. A la différence de Venise, où les limites du Ghetto sont matérialisées à la fois par les canaux et la hauteur plus importante des immeubles (pour cause de sur occupation d’une faible surface à optimiser) par rapport au reste de la ville, ici seule la présence des édifices religieux nous rappelle que la communauté juive de Prague a été importante et très bien implantée, avant que l’horreur nazie ne s’abatte sur la Tchécoslovaquie.

Prague, Josefov, ghetto, art nouveau, mucha, kunderaEt cette histoire multiséculaire, brusquement et violemment interrompue dans le ghetto de Terezin et les camps d’extermination, le visiteur s’y trouve confronté dès son entrée dans le premier bâtiment du musée juif : dans cette ancienne synagogue attenante au vieux cimetière, les noms de près de 90 000 personnes qui vivaient à Prague et ses environs, déportées et exterminées par les nazis, sont inscrits sur les murs en rouge et noir. Un alignement de nom, prénom, date de naissance, date de décès, qui donne partiellement raison à Staline quand il disait un mort c’est une tragédie, un million de morts, c’est une statistique. La statistique prend corps et vie humaine, les noms se succèdent sur tous les murs, à tous les étages. Le sang se glace, les larmes coulent. L’horreur, l’indicible, l’incompréhensible apparaît. Ne pas oublier et donner une forme de sépulture, à ceux qui n’en ont pas eu, avec la présence attenante du vieux cimetière voilà les deux fonctions principales de ces salles. Quelques dessins d’enfants, qu’une survivante de Terezin avait pu cacher, sont présentés et finissent de saisir le visiteur d’effroi sur la folie du totalitarisme.

De fait, la visite dans le vieux cimetière juif passe presque pour une récréation salutaire, un sas de silence et d’esthétique avant de retrouver le monde d’aujourd’hui sans être totalement désespéré sur la condition humaine. Ce vieux cimetière, désaffecté depuis la fin du XVIII ° siècle, compte douze mille sépultures en surface, peut-être le triple ou le quadruple dessous, sur une surface très réduite. Les mouvements de terrains, le temps qui passe ont formé un étrange paysage ressemblant à des milliers de dents sortis de terre en tous sens. Le lieu est clos, silencieux, sous la neige l’hiver, au milieu des herbes folles l’été et laisse imaginer mille légendes, mille phénomènes qui pourraient partir de ce lieu.

Prague, Josefov, ghetto, art nouveau, mucha, kunderaEt s’il est une légende qui colle à la peau de Prague, c’est celle de la créature du Rabbin Lowe, pensionnaire célèbre, et remarqué, du vieux cimetière : le fameux Golem, façonné par les mains du rabbin avec de la glaise des bords de la Vltava, pour protéger le vieux Ghetto. Le rabbin, après lui avoir donné vie dut se résoudre à lui ôter devant la folie de sa créature. Souvent vie et mort s’entremêlent dans cette ville… les fantômes ne sont jamais loin, ceux de l’histoire en particulier…

De Jan Hus à Jan Palach, la contestation, la dénonciation d’un ordre établi antihumaniste a été parfois la marque de fabrique de la capitale de la Bohème. Souvent réprimé dans le sang et plus surement les flammes, il n’en reste pas moins que ces personnages ont planté les graines d’un monde nouveau, ils ont ouvert la voie à d’autres. Jan Hus à la réforme, Jan Palach à la révolution de Velours… L’histoire de Prague est mouvementée, au carrefour de la Mitteleuropa, elle s’est souvent retrouvée sous l’empire de la domination des intérêts allemands, autrichiens et russes.

prague,josefov,ghetto,art nouveau,mucha,kunderaL’identité Tchèque a dû pousser des coudes pour s’affirmer. Oppressée par le Baroque de la contre-réforme, signe qu’il fallait extirper plus qu’ailleurs le mal réformiste, c’est avec l’art nouveau que Prague la Tchèque nous apparaît. La greffe du « sezessionstil » a plus que bien pris dans la capitale des rois de Bohème, elle en est un emblème. De la maison municipale au passage Lucerna sans oublier la gare centrale, la ville recèle d’œuvres majestueuses et de trésors cachés, avec toujours cette concrétion des styles : la tour poudrière s’accroche à la maison municipale, faisant le lien entre les siècles… Prague et l’art nouveau, pour un français, peut être résumé à un nom : Alfons Mucha. Il est, avec Milan Kundera, le plus parisien des tchèques. Peintre, affichiste, décorateur, il a mis sa patte un peu partout dans la ville, du décor de la maison municipale à certains vitraux de la cathédrale Saint-Guy. Il y a un petit air d’affiches parisiennes du début du XX° siècle dans certains bâtiments de Prague. Stefan Zweig avait raison, avant la première guerre mondiale, les Etats-Unis d’Europe de la culture existaient bel et bien, avant que la folie des nationalismes puis le rideau de fer ne posent un voile obscur sur le vieux continent.

Mais me direz-vous, la Tchécoslovaquie a vécu la plus grande partie de sa vie comme Etat communiste ? Où est le côté Berlin-Est de la ville ? Pas dans le centre, et les quelques bâtiments de l’ère Pacte de Varsovie sont plutôt bien intégrés dans le paysage urbain, seules les statues trahissant l’art réaliste soviétique. La ville a eu la chance dans le malheur de la deuxième guerre mondiale de ne pas finir pulvérisée comme Berlin ou Dresde. Au demeurant, la ville a connu depuis les années 90 une explosion architecturale, poursuivant ainsi la tradition de mélanger les styles et les folies sans surprendre le moins du monde.

Prague, Josefov, ghetto, art nouveau, mucha, kunderaC’est en quittant la vieille ville que vous découvrez la patte communiste : les Panelaks, surnom des HLM Praguois, constitués de panneaux préfabriqués, s’alignent encore et encore et encore, vous accompagnant pratiquement jusqu’à l’Aéroport… Le Hall immense, sans chaises, sans rien de ce dernier rappelle qu’il pouvait servir à l’occasion à stationner les troupes devant reprendre le contrôle de la ville. L’histoire de Prague l’insoumise n’est jamais loin du quotidien…

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