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Pas de vente à la découpe avec l'Histoire

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histoire, négationnisme, roman national, 1984, orwell, simone weill« Le temps est notre supplice. L'homme ne cherche qu'à y échapper, c'est-à-dire échapper au passé et à l'avenir en s'enfonçant dans le présent, ou se fabriquer un passé ou un avenir à sa guise. » Simone Weil

L’Histoire, comme discipline et domaine de la culture, est la connaissance du passé de l’humanité et des sociétés humaines. C’est tenter de faire parler, par le moyen de traces plus ou moins abondantes, plus ou moins lisibles, ce que les sociétés humaines ont pu être. Exercice difficile s’il en est, cela même en s’appuyant sur des témoignages épigraphiques : le monde décrit par un auteur n’est jamais exempt de traces de celui dans lequel il vit.

L’histoire est, nous le voyons rapidement, un enjeu de construction par les individus et les sociétés qui l’écrivent. S’il y a la recherche d’objectivité le plus souvent, il n’est pas rare de voir des tentatives de manipulation pour faire entrer l’histoire dans un schéma mental particulier, expliquer une certaine forme de passé pour mieux manipuler le présent et le futur possible.

C’est d’ailleurs un des aspects les plus profonds du roman 1984, que cette représentation du ministère dans lequel Winston Smith exerce : non content de manipuler l’Histoire, il pousse le détail jusqu’à en réécrire les preuves. Faire que le passé soit réellement différent de ce qu’il a été pour servir les intérêts du présent. C’est une tentation qui n’est pas que fiction. Tous les jours, en tous lieux, nous assistons à ces tentatives de réécrire l’histoire. À petite et grande échelle : de la mode l’alternative facts du quotidien jusqu’au négationnisme pour les grandes tragédies du passé, la palette des ministères de la vérité contemporains est variée.

Dans l’Histoire pourtant, on ne peut faire le tri de l’héritage que l’on souhaite endosser. Comme dans une succession, soit on la refuse, soit il faut en prendre aussi bien les actifs que les dettes, le glorieux et l’insupportable, les belles pages et celles bien plus sombres. Nous ne sommes pas responsables des actes de ceux qui nous ont précédés mais en ce cas, difficile de se draper de leurs vertus…

Rassurons-nous, ou pas, au quotidien, nous réécrivons nous-mêmes les pages de nos histoires personnelles, pour mieux les assumer. L’être humain possède naturellement l’art d’enjoliver les petits points positifs, les petites aventures sans gloire pour en faire des mythes fondateurs  tout en oubliant ou minimisant les défaites morales. Nous sommes tous les supermans de nos vies et souhaitons nous voir plus beau que nous sommes, human, all too human

Nous ne pouvons jamais être totalement objectifs dans notre rapport à l’Histoire. Il y a la charge de ce que nous sommes, de notre éducation, de notre environnement, de la manière avec laquelle nous avons reçu le passé. Mais c’est un devoir que de chercher à voir les faits passés au plus près de leurs réalisations et de ne pas céder aux récits qui nous présenteraient avec les plus beaux atours. Non pas pour nous culpabiliser, mais pour plus certainement pour conserver la mémoire, aiguillon bien utile pour chercher son chemin. Aiguillon et non boussole : le malheur et la grandeur de l’humanité résident simultanément dans ce libre arbitre que nous cherchons à préserver par-delà les crises…

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