Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

pollution

  • Chronique d'un néo-breton, épisode 16 : premières retrouvailles de Paris...

    Imprimer

    Il ne faut pas croire que le néo-breton a rangé sa vie d’avant dans une boîte et qu’il voue aux gémonies Paris et l’Ile-de-France. Pour de nombreuses raisons qu’il n’y a pas lieu d’expliciter, n’étant pas le sujet central de cette chronique, autrement l’auteur l’aurait dénommé causalités d’un retour aux sources, votre serviteur est revenu et reviendra sur les traces de son expérience parisienne aussi surement que la crêpe au sucre doit comporter sa quantité de beurre réglementaire.

    Bref, les contingences de la vie le ramènent sur les bords de Seine, et c’est non sans une certaine appréhension que le voyage se déroule : saura t’il se mouvoir avec la même aisance qu’il avait acquise au cours des années dans le métropolitain ou se sera-t-il déjà transformé en un odieux touriste de province déclamant à qui veut bien l’entendre qu’il n’y a rien à faire, le parisien fait la gueule dans le métro, pour ne pas dire qu’il parait antipathique, avec une certaine constance, faut il lui reconnaître cette opiniâtreté, dont l’origine réside non pas dans une donnée culturelle qui viserait à le distinguer du reste de l’humanité mais bien dans un mode de vie qui ne prête pas à sourire. J’aimerais vous y voir serrés comme des sardines dans une boîte en fer où l’haleine de votre voisin tient largement la comparaison à vos propres aisselles.

    Mais là encore, l’auteur s’éloigne du sujet, pour ne pas entrer dans le vif de la chronique, qui pourrait froisser le parisien qu’il a été. En effet, à peine posé pied à terre, deux sensations étranges l’ont assaillit : les yeux qui piquent et le nez qui gratte de l’intérieur des narines… Le néo-breton a retrouvé…le Nuage, cette masse presque invisible à l’œil nu, que vous pouvez découvrir un jour de beau temps en grimpant sur le Sacré-Cœur et qui donne cette teinte sépia au ciel parisien. En effet, le nuage est composé d’infimes particules en suspension et permet à chaque inspiration d’avaler l’équivalent d’une bonne soirée de tabac lors d’une fête particulièrement animée. Mais l’autochtone est immunisé contre l’agression que constitue ce mélange d’oxydes divers et variés assaisonné de métaux lourds. Il a développé une pellicule de protection qui recouvre pupilles et alvéoles pulmonaires. Du moins est-ce l’explication que le chroniqueur propose à défaut d’avoir conduit une étude très sérieuse, pour ne pas dire aucune.

    Jamais dans feu son existence de parisien il n’avait éprouvé de gêne particulière, à l’exception d’une journée ou deux, lors des fameux pics de pollution. Aurait-il dès lors perdu ce bouclier des temps modernes : devant son début d’asthme et ses yeux pareils à un lapin atteint de myxomatose, il doit le reconnaître, les embruns finistériens l’ont ramené à sa condition de mortel provincial.

    Mais ce sont bien les cinq sens qui ont été bousculés, au propre comme au figuré, alors que le néo-breton quittait la gare Montparnasse pour rejoindre sa destination finale : la rue assourdissante autour de moi hurlait.

    La foule, les sirènes de police, les panneaux publicitaires électroniques et lumineux à vitesse de défilement supersonique… point de mouette, aucun écho de marées… La Cité dans ce qu’elle a de plus démesuré, plus haut, plus vite plus fort…

    Passé ce choc, le néo-breton se plonge dans la ville et la redécouvre, en suivant un programme plus ou moins établi selon qu’il est pris dans les contingences ou non (entendons par là qu’il a laissé sa petite famille en Bretagne).

    Et là, surprise, il peut en profiter. Il détient une arme qu’il n’avait pas auparavant : le temps. Les balades le long des quais, les musées, le théâtre s’ouvrent à lui. Ainsi Paris est moins faite pour ses habitants que pour ceux qui la visitent… Sans contrainte, la vie devient plus douce, forcément. Même le métro en devient agréable : en dehors des heures de pointe, les rames sont moins compactes, le trajet semble plus propice à la sérénité.

    Mais déjà l’heure du départ sonne, le séjour défile à toute vitesse selon l’axiome bien connu de plus tu veux faire de choses moins t’arrives à en réaliser d’autant que les horloges tournent plus vite quand tu prends du bon temps.

    Le néo-breton retourne dans sa nouvelle vie, réconcilié avec son ancienne. En arrivant à la gare, le silence, les mouettes, un fin crachin et un léger fumet de crêpes l’accueillent. Home Sweet Home, Degemer Mat. Sa vie est ici désormais, mais le chroniqueur le devine, Paris ne sera jamais très loin. Enfin presque, à 4h30 de train précisément : aucun risque de s’y rendre tous les quatre matins…