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Les anciens et les modernes

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capitalisme, tafta, tisa, anciens, modernes, archaïque, démocratieLa querelle des modernes et des anciens. Les débats contemporains ne font pas autre chose que de jouer sur le cliché. Projet de réforme du code du travail, Tafta, Tisa, les sujets sont nombreux même si les deux derniers ont préféré ou préfère se la jouer mode furtif et technique.

Pour les promoteurs de ces projets, c’est la modernité contre le monde ancien, le sens de l’histoire, qu’ils pensent ou se persuadent de mettre en œuvre, avec une certaine ironie : le sens de l’histoire, c’est un argument idéologique que de nombreux de leurs prédécesseurs ont brandi : communisme, fascisme et désormais capitalisme néo-libéral. Se penser comme inéluctable, c’est le penchant naturel des idéologies qui broient les hommes. Lutter contre l’inéluctable, c’est souvent ce qui a sauvé l’humanité de ses pires travers, ce qui ne veut pas dire refuser d'évoluer, nuance. Par contre, le déterminisme est suspect par nature quand il appuie l’argumentaire des modernes et des anciens.

Les pas modernes résistent, ce que les modernes ne comprennent pas. La marche du progrès et du moins-disant, ça ne se refuse pas ! Quel manque de clairvoyance. Les bienfaits de la modernité, c’est pourtant le costume trois pièces à 5 000€. C’est classe non ? Certes, dans un capitalisme néo-libéral, fondé sur la théorie des jeux, il faut accepter de perdre, et même qu’il y ait encore et toujours plus de perdants pour quelques gagnants mais quelle différence entre l’économie et la loterie nationale ? C’est simple, à la différence de la loterie nationale, le résultat est déjà connu, la liste des gagnants établis : coïncidence, c’est la même que la liste de ceux qui écrivent les règles du jeu… Ces gagnants, qui se présentent comme les modernes, présentent les perdants, qu’ils ne peuvent pas dénommer comme cela, comme les archaïques. Mais les gagnants ne peuvent pas toujours faire les choses publiquement : ça se verrait. Nombre des « avancés » sont préparées et passées en secret. TAFTA, ce traité de libéralisation entre les États-Unis et l’Union européenne, qui souhaite mettre hors de portée des instances démocratiques le business. TAFTA a du plomb dans l’aile, ces projets secrets n’aiment pas la lumière, mais déjà c’est déjà autre chose qui se négocie : TISA. 4 lettres qui remplacent un projet qui lui aussi avait vu le jour, l’AGCS et s’était brulé sur les discussions de la place publique. En substance, libéraliser le secteur public dans son ensemble, éducation, santé, culture, avec toujours le même souci de mettre en dehors des parlements et des juridictions nationales, particulièrement quand ils sont démocratiques, la marche en avant des affaires du monde.

Les modernes, dans lequel les partis sociaux-démocrates se sont déjà depuis longtemps fondus, sont ainsi capables de promettre le jour et d’imposer la nuit. Ils sont quelque peu gêné aux entournures mais comme les chats, et à la différence de la tartine de beurre, ils retombent toujours du bon côté. Un exemple ? TAFTA. Acte 1, négociation secrète, fuite, début de mobilisation contre ce traité. Un Hollande et un Valls peuvent dire circulez, y a rien à voir, c’est encore les archaïques qui sonnent le tocsin parce qu’ils n’ont pas digéré la chute du mur de Berlin. D’ailleurs, on est au courant de rien. Acte 2, la mobilisation prend et la mise en place publique du projet vaut mise en pièce publique. Un Hollande et un Valls prennent leur distance comme un vulgaire cycliste dopé pris sur le fait : réprobation et mea culpa sur le mode c’était à l’insu de notre plein gré. Acte 3, en fait Hollande et Valls étaient les premiers de la classe dans la négociation, ils poussaient à la roue sur les tribunaux arbitraux. Conséquence : aucune. C’est technique, ça n’intéresse pas les médias outre mesure. Et déjà, le prochain volet est négocié. Mais ainsi va le monde que quelques-uns nous préparent. Vous émettez une critique négative : frondeurs. Vous refusez d’aller à l’abattoir : vous êtes des agitateurs archaïques, la preuve, en moyenne tout va mieux. Regardez les PDG de Renault ou encore de PSA, ils sont heureux ces gens, ça va bien mieux pour eux non ?

Ce qui pose le problème de fond : une minorité peut-elle décider du destin d’une majorité pour conforter ses propres intérêts. Sans être un déterminisme, c’est une constante de l’histoire, ceux que certains esprits vulgaires appellent la lutte des classes. Le grand progrès de la démocratie, c’est justement de renverser ce rapport, faire qu’une minorité n’impose pas sa loi à une majorité, sans que cette dernière n’écrase pas la minorité. C’est subtil, c’est complexe, cela a tendance à introduire de l’égalité. C’est moche pour les affaires de quelques-uns l’égalité. Sus au suffrage universel, ce à quoi on assiste, c’est à la mise au pas des espaces démocratiques et à la réduction du champ de leurs interventions.

Aujourd’hui, on veut nous faire croire à la querelle des modernes et des anciens. Fable joué et rejoué à travers les siècles et les siècles. Amen. Pourtant la messe n’est pas dite. Face aux modernes, deux contre-pouvoirs se lèvent dont l’un est aussi mortifère que la société néo-libérale et qui s’en nourrit. Un vrai archaïsme, venu des profondeurs de la noirceur de l’âme humaine : le repli, la xénophobie. Ce contre-pouvoir là a un programme bien connu, il conduit à la désolation. Un autre contre-pouvoir est présent. La lueur d’espoir. Il sait dénoncer aussi bien le programme des modernes que des archaïques bruns, en y réintroduisant l’Homme et son environnement. Mais il n’arrive pas à se fédérer, à présenter un programme cohérent, complet. À donner une vision du monde au-delà de quelques principes et d’actions éparpillées. C’est là la tragédie dont aurait pu parlait Marx. Espérons qu’elle ne se transforme pas en farce dont nous serons les victimes.

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