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Hillary trompe (Leçons américaines)

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trump, extreme droite, élections, société, démocratie, oligarchieLa montée inexorable de forces conservatrices, pour certaines populistes, sans parler du renouveau du fait religieux, produit un monde bien sombre, comme si l’humanité, pour répondre aux crises actuelles n’avait comme chemin qu’une forme de retour en arrière, syncrétisme de l’irrationnel et du bouc émissaire, incapables de réagir ou pire, en réagissant au travers d’une thérapie de la terre brûlée. Certains y voient une irrationalité et une profonde stupidité des masses mais une telle analyse n’est-elle pas aussi imbécile que la description sans nuances qu’elle fait de ceux qui cèdent aux sirènes du populisme fascisant ?

Trump est devenu le 45ème président élu des Etats-Unis, scénario que même Hollywood n’a jamais anticipé en dehors de film ou dessin animé à caractère humoristique : où comment un humanoïde à peau orange, mis en faillite pas moins de six fois, mais ayant réussi à s’en sortir par ses relations, ses obligés et un énorme bagout, pouvait devenir le chef de l’État de la première puissance mondiale. Ne nous y trompons pas, Donald Trump est dangereux, le vice-président élu est un conservateur de la pire espèce et l’administration qui se va se mettre en place va plonger un peu plus les Etats-Unis et le monde entier dans la crise. Avec une explication rapidement avancée à ce désastre : les électeurs se sont trompés. Argument répété en boucle ces dernières années quand les pronostics souhaités ne se réalisent pas. La réalité n’étant pas conforme à ce qui été annoncée, elle ne peut qu’être fausse, CQFD, le métier d’analyste politique est devenu aussi scientifique qu’une voyante dans une fête foraine de quartier. 

 

 

Avec l’élection de Trump, le microcosme tombe des nues et découvre que l’électeur américain n’est pas la presse française, n’est pas la presse de l’establishment, qui ne décrit pas le monde tel qu’il est mais tel que l’establishment souhaiterait qu’il soit.

Ce qui chagrine l’analyste de plateau de télévision et de feuille de chou plus ou moins sérieuse, c’est que l’électeur soit capable de croire un milliardaire qui se fait passer pour un ouvrier, surtout après  que chacun des mensonges et des outrances dudit candidat ait été démonté ( mais l’électeur devrait être prêt à croire une millionnaire qui se fait passer pour un ouvrier…) : les tirages des quotidiens et les audiences devraient pourtant rappeler que c’est une minorité qui aujourd’hui s’informe et que l’information, particulièrement politique, à force d’avoir été traité comme un show n’a pas plus de valeur qu’une interview de Nabila sur ses problèmes de prothèses siliconées.  Le commentateur et le quidam qui commente oublient également que l’establishment qui culpabilise l’électeur renforce ce dernier dans sa conviction qu’il fait le bon choix, parce que si les discrédités du suffrage universel se manifestent aussi durement à leur encontre, c’est qu’ils ont peur de perdre leurs avantages et alors le jeu de quille peut commencer : l’électeur pense légitimement qu’il n’est plus très loin de faire imploser le système et de retrouver un peu de pouvoir. Au risque de se donner au premier monstre venu.

 Pour affronter un Donald Trump, les démocrates se sont donnés le moyens de perdre (rappelons comment le parti démocrate a savamment savonné la planche à Bernie Sanders au cours de la primaire) : avec Hillary Clinton, représentante d’une oligarchie corrompue qu’elle a pu symboliser, Donald Trump a pu passer pour le changement…

Derrière cette dérive populiste, il n’y a pas d’un côté de gentilles élites maltraitées par les électeurs crasses et de l’autre côté un électorat crasse qui plonge avec stupidité devant le premier populiste et démagogique qu’il aperçoit. Les choses sont toujours plus compliquées qu’elles n’y paraissent et le voile de fumée du simplisme permet d’éluder les origines et les responsabilités de la crise.

Ce que l’électeur a du mal à voir, autant que l’analyste, et ce dont ne veut pas l’oligarchie, ceux qui tiennent les partis de gouvernement et les institutions et qui s’accommodent au final plus facilement de l’existence d’une extrême droite épouvantail que d’un mouvement de fond qui remettrait en cause la distribution du pouvoir et de l’argent, c’est que pour contrer l’extrême droite ce n’est pas d’un extrême centre néo-libéral qu’il est nécessaire de se doter, mais d’une gauche qui fait rêver, parce que derrière le vote dit protestataire, il y a une réalité vécue, celle d’un monde à plusieurs vitesses, dans lequel ceux qui ont perdues et les victimes potentielles n’ont plus comme arme que de défaire les fausses promesses de l’incarnation politique d’un capitalisme triomphant.

En forme de pied de nez, nous pourrions dire, It’s the economy stupid comme l’avait proclamé en son temps le mari de la candidate malheureuse à l’élection présidentielle américaine de 2016. Au cœur de nombreuses problématiques, la question économique représente un problème majeur, pour ne pas dire fondamental. Il y a d’autres facteurs, mais la question de l’emprise de l’économie, et du modèle néo-libérale plus particulièrement, se révèle structurante, prégnante et alimente les autres questions. Les ravages de la mise en place du programme de la société du Mont-Pèlerin n’en finissent plus de consumer le monde. Ce monde presque dystopique ne fait pas rêver, ne transcende rien et porte en lui l’absence de sens, si ce n’est une accumulation matérielle comme objectif que seuls quelques-uns peuvent réellement réussir et qui par ailleurs condamne l’existence même de la vie sur terre dans un terme qui se rapproche dangereusement du point de non-retour.

Ce n’est pas nouveau, le pouvoir de l’argent tente de prendre le contrôle du destin de l’humanité depuis belle lurette. Dans une dialectique qui parait sans fin, dans une sorte de combat avec le démon, l’histoire semble faite de soubresauts pour mettre au pas ce pouvoir de l’argent.

Et aujourd’hui existe un paradoxe. Là où il faudrait une refonte du cadre démocratique pour renouveler la question de la représentation, qui n’est pas tant en crise que vidée de sa substance, c’est sa mise entre parenthèse pour la sécurité des affaires de quelques-uns dans une entreprise de déconnexion entre économie, finances et suffrage universel qui conduit aujourd’hui à une retour de bâtons nationaliste, xénophobe au sein de laquelle la tentation théocratique n’est pas absente.

La leçon coûte très cher dans un monde qui sombre un peu plus. Triste automne qui pourrait faire dire que Winter is coming. Il y a pourtant la promesse qu’avec la fin d’un cycle et le nécessaire repos, la vie pourrait repartir de plus belle.

Les grecs, si prompts à la poésie, voyaient dans l’automne et l’hiver la marque du partage du temps passé par Proserpine/Perséphone entre sa mère, Démeter et son mari, Hadès, à la suite d’un jugement aussi mythologique que de circonstance par le Dieu de l’Olympe après l’enlèvement de Perséphone, fille de Zeus au passage, par le maitre des enfers. Pour qu’il y ait la vie, il faut la mort et inversement.

Plus surement, pour que la vie puisse s’épanouir, il faut lui laisser de la place et pour ce faire que s’efface de la scène la jeunesse du passé. La sagesse grecque pourrait nous inspirer dans la conduite des affaires du monde aujourd’hui.

Que les anciennes générations, non sans continuer à pouvoir faire profiter les nouvelles générations de leur sagesse (si elles en ont ce qui reste à démontrer), se retirent pour laisser place à la vie qui est et à la vie qui sera.

Mais ce que nous voyons actuellement, ce sont des feuilles mortes qui s’accrochent, encore et toujours, empêchant les nouvelles pousses, les graines récemment plantées de pouvoir grandir et de tenter de sauver ce qui peut l’être en ce bas monde qui suffoque sous les coups de boutoir de l’humanité.

Les leçons de ces dernières années, c’est qu’il faut couper les branches et les feuilles mortes, abattre les arbres malades pour que puisse repousser une forêt saine. Choisir Trump, les partis nationalistes, c’est le faire au défoliant, pratiquer la politique de la terre brûlée où plus rien ne repousse : il y a d’autres voies, plus douces, elles existent, replaçant l’humain au cœur des réflexions, et la pratique démocratique au cœur des préoccupations environnementales, sociales et économiques. Ce sont des voies difficiles, elles nécessitent de se remettre en cause, de changer ses habitudes, d’aller contre les intérêts d’une classe bien installée au cœur du pouvoir, de faire des erreurs, de perdre, mais c’est là que réside la promesse d’un renouveau. Cela implique de remettre encore et toujours l’ouvrage sur le métier, de ne pas perdre espoir. Et de renverser les bonnes tables. Aussi bien Trump que Clinton. Parce que le premier nommé se nourrit de la présence de la seconde.

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