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Et une contradiction, une!

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contradiction, société, faites ce que je dis pas ce que je fais, économie, guerre, humanitéUn être humain est composé de plus ou moins 70 % d’eau. Pour faire fonctionner son organisme,  plus ou moins 2000 calories par jour lui sont nécessaires. En revanche et malgré les publicités incessantes, il s’avère que l’acquisition et la détention d’un smartphone n’ont pas d’incidence directe ou indirecte sur son processus vitale. En fait, c’est d’un tout autre carburant, moins directement énergétique mais plus ou moins indispensable, que l’humanité se gargarise, la contradiction. Lecteur vous lisez correctement, homo sapiens sapiens carbure à la contradiction qui consiste notamment dans l’action de contredire, se contredire ou encore de se mettre en opposition avec ce que l’on dit ou fait. Loin d’être totalement handicapante, la contradiction permet tout au contraire de vivre sans être totalement raccord entre sa pensée et ses actions. De faire que nos idéaux s’accommodent de la réalité et de nos petits défauts, de nos petits arrangements honteux. Parce que notre intérêt individuel ne s’accorde pas toujours avec l’intérêt collectif, parce que notre intérêt immédiat n’est pas toujours facile à dépasser par rapport à notre intérêt futur, la contradiction est présente, elle est ce que nous sommes. La contradiction permet même d’avancer, quand elle est dépassée : la dialectique n’est-elle pas le moteur du monde selon certaines conceptions philosophiques.

La contradiction est parfois grossière mais bien souvent elle est plus subtile que dire tout et son contraire. Pour certains c’est même un art porté à son paroxysme, que nous ne découvrons qu’avec le temps, avec les captures d’écran archivées, nous rappelant par-là que Twitter n’est pas tant un oiseau gazouillant qu’une limace baveuse que l’on suit à la trace. Le droit à l’oubli en matière d’information est un vain mot, pratiquement devenu inexistant dans notre société, pour le meilleur et souvent pour le pire.

Quand la contradiction devient trop flagrante, trop importante, la rupture n’est plus très loin.  C’est un trait de nos sociétés contemporaines : nous devenons des sociétés de rupture pour cause de contradictions trop flagrantes voire indépassables. Renforcé par un phénomène de Faites ce que je dis, pas ce que je fais que l’avalanche d’information permet tout autant de mettre en lumière que de noyer dans la masse, une contradiction de plus, le décalage entre le discours et la réalité, entre les prescriptions et les actions du quotidien se creuse un peu plus chaque jour.

Les exemples sont si nombreux qu’une chronique n’y suffirait pas mais quelques cas mis en exergue permettront au quidam d’y repenser à deux fois avant de prendre pour argent comptant tout ce qu’il entend ou lit et de s’interroger sur le sens à donner à ces contradictions et aux actions à réaliser pour ne plus être le dindon de la farce.

La contradiction, nous la portons au quotidien, de nos plus petits gestes du quotidien en passant par les actions les plus nocives. Que ce soit les individus, les groupes, les institutions ou les États, sans être tous coupables, nous sommes largement responsables.

Les fêtes de noël constituent un moment fort des contradictions entre le consommateur et le citoyen, entre le consommateur et le travailleur : acheter toujours plus, moins cher, en plus grande quantité auprès de pays moins regardant sur les normes sociales et environnementales au risque de supprimer des emplois par ici et de se retrouver à ne plus rien acheter. Le manque de compétitivité est une histoire de point de vue, ce n’est pas tant que nous ne serions pas compétitif que nous devrions refuser le dumping : la raison voudrait que nous achetions moins mais plus localisé et pourtant comment refuser devant les rayons clinquants et illuminés les dernières merveilles technologiques qui finiront par prendre rapidement la poussière dans un placard. Pour surmonter les contradictions, il faudrait philosopher avant chaque achat, une gageure auquel le petit et le grand d’Homme ne sont pas préparés.

Exemple plus immédiatement tragique et visible d’évènements emplis de contradictions qui se déroulent sous nos yeux, les guerres qui parsèment le monde et plus particulièrement le brasier du moyen-orient. Si une forme de consensus se dégage pour déclarer que la guerre, c’est pas bien, dans les faits, faisons-nous le nécessaire pour empêcher la chose de se produire. Nous dénonçons les boucheries mais construisons une partie de nos richesses nationales sur la production et l’exportation d’armes : la schizophrénie nous guette, à défaut de nous ronger. Nos gouvernements, nos diplomaties sont capables de fermer les yeux devant les pires dictatures et rétrogrades de service dans le seul but de permettre que le commerce se poursuive. Le prix du silence, c’est la perte d’honneur, qui, dans un bilan comptable ne pèse pas bien lourd, malheureusement. De la même manière, la consommation effrénée de pétrole  rend les États aussi sourds, aveugles et muets que les trois singes face à certaines pétromonarchies théocratiques et sanguinaires du globe. Sans être coupable, nous sommes tous un peu responsable lorsque nous passons à la pompe.

Cette question du pétrole, elle est à l’intersection de plusieurs problématiques : guerre, sociétés dictatoriales, environnement. Nous sommes conscients du réchauffement climatique mais de là à changer nos pratiques, il y a un fossé. A la marge certes, et pas chez tous les individus faut-il le préciser, un fond de mauvaise conscience rend un poil moins agréable un voyage en avion, mais pas au point de l’annuler ou de prendre plus de temps pour se rendre de l’autre côté du globe par un autre moyen de transport. Surmonter certaines contradictions, c’est se rendre la vie immédiatement moins agréable… choix cornélien…

En matière d’environnement, les contradictions s’accumulent comme un mille-feuille indigeste. Contradiction des temporalités, absence de solidarité générationnelle -ou plutôt les générations futures paieront la facture, ceux qui ont pollué et ceux qui polluent aujourd’hui mangeront les pissenlits par la racine quand les catastrophes se déclencheront -, Homo Sapiens est pris en flagrant délit d’égoïsme d’une part et face à ses peurs d’un changement de pensée, de vie et de place dans l’univers.

Mais il est vrai que la contradiction est au cœur de toutes les hégémonies actuelles, contradiction du discours, qui fait dire que l’on est pris pour des jambons, avec ou sans 49-3. Orwell avait vu juste avec sa  novlangue, où ce qui est assené est le contraire de ce qui est fait. La guerre c’est la paix, la pauvreté c’est la richesse… Et nous touchons là les limites de la contradiction, n’est-elle pas en fait  un cynisme plus ou moins assumé, quand un système proclame des règles pour s’en affranchir lui, et lui seule. Le règne du deux poids deux mesures intervient dans toute sa tyrannie.

Ainsi d’une concurrence libre et non faussée, mais appliquée seulement aux autres, aux plus faibles, la proclamation d’un Etat à faire disparaitre mais une recherche inextinguible de fonds publics par les officines privées. Et il est toujours étonnant de voir que les entreprises s’installent dans des lieux où la puissance publique assure par ses interventions, et donc ses dépenses, la sécurité des affaires. L’Etat est le problème selon les zélotes de Saint Hayek, mais l’absence d’État, les États faillis nous le démontrent chaque jour, est au cœur des crises contemporaines. Payer moins d’impôts mais bénéficier d’aides et services publics. Relever cette contradiction devrait conduire à disqualifier certains courants de pensée. Mais non, pas aujourd’hui, demain. Parce qu’aujourd’hui j’ai piscine : la paresse intellectuelle est le nom de notre aliénation moderne (et passée à vrai dire).  

Nous aurions pu parler du système bancaire, jouant avec les milliards, privatisant les profits, publicisant les pertes. Prendre l’exemple de l’explosion des frais bancaires qui vient compenser la perte de compétitivité des marchés financiers en ces temps d’incertitudes. Un être, un peuple rationnel devrait mettre au pas le système bancaire, séparer les banques d’affaires des banques de détail, renouer avec un système bancaire coopératif ou mutualiste. Un être rationnel surement, homo sapiens, plus difficilement…

Pourtant, il est de notre responsabilité individuelle de permettre la réalisation collective d’une société plus juste, plus équitable, plus humaine en quelque sorte.

A nous de pointer les contradictions, de les interroger sur leur possible conciliation et d’agir pour les dépasser en rejetant un des termes du débat si nécessaire. Cela coute. À vous, à moi. Mais à société de rupture, choix de rupture. Sinon, nous nous n’aurons plus que nos contradictions pour pleurer…

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